Voici le mot rédigé et lu par Yann Martin au nom de la communauté de paroisses:
Cher Olivier,
Il a été difficile pour moi de décider si ces quelques mots devaient être adressés au curé ou à l’ami. Au pasteur, ou au compagnon de route. A celui qui nous invite chaque dimanche à la table du Seigneur ou à celui qui se laisse inviter à nos tables familiales. Mais j’ai fini par comprendre qu’il n’y avait pas à choisir, et que mon hésitation n’était que le reflet de ta manière originale et profonde de vivre ta vocation sacerdotale ; d’être prêtre de Celui qui t’envoie et ami pour ceux à qui il t’envoie ; de guider en pasteur les paroissiens qui te sont confiés tout en faisant route avec eux pour partager leurs joies et leurs peines, leurs espérances et leurs inquiétudes ; de les inviter à la table eucharistique et de les rejoindre pour un repas fraternel et convivial. Prêtre, jamais tu ne t’es tenu au-dessus de nous, comme si la mission qui est la tienne te donnait quelque supériorité. Prêtre, tu l’es parmi nous, avec nous et pour nous, pas seulement quand tu célèbres la messe, mais dans nos rencontres les plus simples, toujours chaleureuses. Pour chacun de nous, tu es un ami-prêtre, ou un prêtre-ami. Et c’est à travers cette façon si simple et généreuse d’être fidèle à ta vocation que tu nous révèles le sens de cet autre nom du Christ, l’Emmanuel (pas celui de l’Elysée) Dieu avec nous. Pas un Dieu-roi qui trône au-dessus de nos têtes pour mieux nous assujettir, mais un Dieu-ami qui chemine avec nous, qui se réjouit avec nous, qui, parfois, pleure avec nous. Tu es ainsi le témoin de ce Dieu que l’on rencontre en Jésus-Christ parce que c’est en lui qu’il vient à notre rencontre.
Il n’y a sans doute pas un de nous, aujourd’hui, qui n’aurait quelque anecdote à raconter sur cette manière qui est la tienne d’être à la fois le prêtre et l’ami. Certains pourraient évoquer ta disponibilité dans les moments de deuil, lorsque tu es à la fois celui qui se désole avec ceux qui sont dans la peine, et celui qui les ouvre à la grâce d’une vie à jamais donnée ; les plus jeunes ont vécu avec bonheur des temps de préparation aux sacrements tout en riant avec toi, ou en parlant avec toi de choses très sérieuses, le football par exemple.
A propos de football, je me souviens pour ma part de ta façon très particulière d’insulter en toute bonne foi les arbitres mal intentionnés (on est toujours mal intentionné quand on siffle contre le Racing) en les traitant de pneumatomaques… ce qui devenait l’occasion de parler des grands conciles des premiers siècles de l’Eglise ; j’ai aussi en tête nos paris homilétiques, lorsque je te mettais au défi d’introduire le mot « ultracrépidarianisme » dans une homélie qui devenait une homélie… sur l’ultracrépidarianisme, cette tentation qui est souvent la nôtre de parler avec assurance de domaines auxquels nous ne connaissons pas grand-chose. Avec toi, un repas convivial devient l’occasion de méditer la grâce offerte dans le sacrement des malades, ou de préparer une réunion importante pour notre communauté de paroisses.
Le curé et l’ami, encore une fois. C’est cette façon d’être l’un et l’autre, entièrement l’un et entièrement l’autre, sans partage ni division (ta double nature personnelle en quelque sorte) qui t’a permis de tisser avec chacun de nous des liens si étroits, des liens d’amitié. Tu sais ce qu’on dit parfois d’un ami, que c’est quelqu’un qui nous connait bien et qui nous aime quand même. Parce que tu as toujours su prendre le temps de nous rencontrer, tu as pris celui de nous connaitre… et de nous aimer quand même… avec nos défauts… et quelques-unes de nos qualités. Et tu nous as aussi permis de mieux te connaitre… et de t’aimer ainsi d’autant plus. Tes qualités de générosité, de convivialité, de proximité et d’humour, conserve-les précieusement. Tes qualités intellectuelles, pastorales, spirituelles, qui s’attestaient aussi bien dans les bulletins paroissiaux que dans tes homélies, cultive-les avec soin. Il te faudra désormais les mettre au service de tes frères-prêtres et je ne doute pas que tu sauras être avec eux et pour eux un représentant de notre évêque et un ami, comme tu l’as été pour nous pendant douze belles années.
C’est cela qui est bien. C’est cela qui témoigne de la sagesse de notre évêque qui a eu le nez creux en faisant appel à toi : tu n’as pas besoin de devenir un autre pour assumer la nouvelle mission qui t’est confiée depuis le 1er septembre. Tu es prêt depuis longtemps, humainement et pastoralement. Et comme tu es notre ami, nous savons que nous te retrouverons parfois sur nos chemins et qu’en te laissant partir, nous nous préparons des occasions de retrouvailles.
Voilà, tu l’auras compris, c’est à l’ami et au curé, tout à la fois, qu’au nom de notre communauté de paroisses j’ai voulu te rendre hommage. Hommage. Dans ce mot s’en devine un autre, plus beau encore. L’hommage, c’est la reconnaissance d’un homme avec tout ce qui fait son humanité, avec ses forces et ses fragilités. Rendre hommage, c’est donc reconnaitre un homme en celui qui a toujours accompagné notre humanité… avec ses grâces et ses lourdeurs. Rendre hommage, comme on rend grâce, c’est ainsi exprimer notre joie devant ce qui nous a été donné, et rendre cette joie avec gratitude pour qu’elle grandisse et soit complète, pour toi, pour nous. C’est te dire merci, du fond du cœur, pour ce que tu nous as donné, et que nous ne pouvons recevoir en vérité qu’en le donnant à notre tour. Alors, pour tout cela, et pour tant d’autres choses encore, merci, Olivier.


