Prière: C’est encore loin, Emmaus?

C’est encore loin, Emmaüs ?

Seigneur, aujourd’hui, 3ème dimanche de Pâques, le passage de l’évangile de Luc nous rappelle que tu es toujours proche de chacun de nous, en ton Bien Aimé crucifié, que tu as relevé de la mort. Il marche à nos côtés. Il est notre compagnon sur la route d’Emmaüs. Mais j’ai envie de te demander : C’est encore loin Emmaüs ? C’est encore loin ce moment où nous pourrons à nouveau nous asseoir à la même table et partager le même pain ? Et tu me réponds : Marche ! Laisse toi réchauffer le coeur. Il n’est pas encore tout brûlant. Ecoute Jésus, mort et ressuscité, même si tu ne reconnais pas son visage ! Il te parle des prophètes d’hier et de ceux d’aujourd’hui. A travers eux il ouvre ton coeur aux écritures et à mon projet d’amour, de justice, de partage pour les hommes et pour le monde ! D’accord, Seigneur, je vais faire silence, me laisser imprégner par ta Bonne Nouvelle, me laisser apaiser par ce que je vois.
Des personnes se donnent à fond, dans leur travail, dans des petits services, dans des gestes de partage. Des personnes redécouvrent l’estime d’eux-mêmes et des autres. Des personnes acceptent de bousculer leur grille de valeurs et les petits ont droit à la bienveillance et à la solidarité. Merci, Seigneur, pour toutes celles et tous ceux qui n’ont jamais cessé d’aider, de soutenir, de relever. Merci pour celles et ceux qui, aujourd’hui, grossissent leurs rangs. Merci pour tous ces gestes de tendresse, d’où qu’ils viennent. Je sais bien que rien n’est joué, qu’après cette pandémie, la terre ne tournera pas autrement, qu’une petite secousse ne suffit pas à ébranler durablement les égoïsmes des nations. Mais j’ai compris depuis longtemps que tu travailles comme les peintres pointillistes, une petite touche par ci, un coup de pinceau par là et le paysage se laisse peu à peu découvrir.
Ce qui me réjouit surtout, Seigneur, c’est que toute cette solidarité, cette compassion, cette entraide qui s’expriment aujourd’hui de manière nouvelle et souvent inattendue, ne sont pas d’abord le fait de chrétiens, mais d’humains. Que les chrétiens vivent le service, c’est normal. Jésus a bien dit aux apôtres qu’il leur a donné l’exemple afin qu’ils fassent, eux aussi et ceux les suivront, comme il a fait pour eux. Le service fait partie de notre ADN de chrétiens et plus notre attitude de service est discrète, plus nous sommes fidèles à notre Seigneur et Maître. Alors, J’ai parfois envie de dire aux gens autour de moi, à ceux qui ne te connaissent pas vraiment : Vous êtes en train de bâtir le Royaume de Dieu ! Mais je ne veux pas les christianiser contre leur gré. Peu importe d’ailleurs qu’ils soient baptisés. L’essentiel est qu’ils soient heureux de participer à l’édification d’un monde plus humain. Si Matthieu a raison dans son évangile, Jésus aurait bien dit que l’essentiel c’est la compassion avec la personne souffrant de la faim, de la soif, malade, nue ou en prison. « Ce que vous avez fait au plus petit, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Seigneur, une fois de plus je te dis merci pour toutes les personnes qui retrouvent la grandeur du service et, surtout, la grandeur de celles et de ceux qui assument les humbles services dont notre société a besoin. Que ton Bien Aimé soit le compagnon discret et bienveillant de ceux qui fatiguent, qui paniquent, qui désespèrent.

Gérard Rebmeister, 26 avril 2020

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.